Au plus profond d’un cœur sommeille une source d’eau intarissable, porteuse des rêves les plus fabuleux. Chaque nuit, l’eau s’éveille : elle bouillonne et frétille. Une vague immense déferle. Le geyser jaillit, explosif et éphémère. Une force spectaculaire au cœur d’un cœur. Soudain, du fin fond de son abysse, alors que la lune ne cesse d’illuminer la nuit noire, cette eau se transforme en chrysalide. Elle devient paisible, calme, immobile. Elle berce ce corps éreinté. Elle l’enveloppe d’une chaleur maternelle. Là, c’est le néant absolu.

Crépuscule, Rivière d’Inukjuak, Juillet 2018

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente


Le Pont Mirabeau, Alcools, Guillaume Apollinaire

Le mythe inuit de Sedna me vient à l’esprit. Sedna était une femme d’une beauté exceptionnelle. Elle refusa tous les prétendants qu’on lui présentait et décida de marier un chien. Son père, furieux, voulut exiler sa fille sur une île. En mer, il tenta de la jeter par-dessus bord. Sedna s’agrippa au bateau mais son père coupa ses doigts, un à un. Une fois submergés, les doigts se transformèrent et donnèrent naissance aux phoques, aux morses, aux baleines, et à tous les animaux marins abondamment présents dans les eaux arctiques. Sedna demeure dans les profondeurs de l’océan et reste jusqu’à aujourd’hui la déesse des mers. Lorsque je nage dans les eaux de la rivière Koksoak, je sens sa présence protectrice.

‘Surfacing’ par Ningeokuluk Teeve (2005, Cape Dorset)

Cela fait longtemps que je suis conscient de l’importance de l’eau. Il n’y a pas une journée sans que je la touche, que je la boive, ou que je me submerge en elle. L’eau est incontestablement la source la vie. « Water is life ». Et pourtant, un éveil nouveau est en marche. Je ressens une affinité intense pour l’eau, ce nectar de la vie. Je ressens le désir de célébrer cet élément, de l’honorer.

Tantôt belliqueuse, tantôt apaisée, l’eau d’un coeur sans cesse m’émerveille.

La mer s’agite et engloutit un nénuphar.

Un flocon se dépose,

Rhizomes ressuscités.

Ô, ta source est-elle donc infinie?

Combien de murmures et de souvenirs transportes-tu avec toi?

Sont-ce ces mêmes murmures qui s’amoncellent et deviennent ta symphonie?

N’est-ce pas, mon ami, que le fleuve a beaucoup, beaucoup de voix? N’a-t-il pas la voix d’un souverain et celle d’un guerrier, celle d’un taureau et celle d’un oiseau de nuit, celle d’une femme en couches et celle d’un être qui soupire, et mille autres voix encore? 


Siddhartha, Herman Hesse

Ami.e,

Je t’invite à aller plonger dans l’eau la plus proche, vas l’écouter, la contempler. Laisses-la emporter dans son courant tes peurs les plus secrètes. Une goutte se dépose sur toi, elle roule sur ta peau. Elle traverse la membrane basale puis s’infiltre dans les vaisseaux sanguins. Elle se dirige inexorablement vers le coeur. La semence qu’elle y dépose contient toute la sagesse de l’univers.

Glace flottante, Baie d’Hudson (Juillet 2018)

Rivière de la Petite Nation, Juillet 2018